La vérité sur l’affaire Free - Google. 4 janvier 2013
Par Thierry Klein dans : Aliénation, Google, Politique.Lu 679 fois | 3 commentaires

1) Quel enjeu économique ? Free estime que Google prend trop de la valeur de l’internaute et met la publicité en “opt-in” (c’est son droit de vouloir rééquilibrer le business model en faveur du “tuyau”, on peut juste s’étonner que personne ne l’ait fait avant). Free prend grosso modo 30€ / internaute / mois et Google a peu près la même chose (indirectement, sous forme de revenu publicitaire généré par l’Internet). Cela a donc un grand sens économique pour Free d’aller attaquer le revenu pour l’instant capté par Google. Il peut y multiplier par deux son chiffre d’affaires.
2) Que reprochent les internautes à Free ? Alors que toutes les “bonnes” pratiques publicitaires sont en opt-in, tous les internautes hurlent, par Twitter interposé, contre Free qui ne fait au fond que mettre en œuvre une politique opt-in réclamée à corps et à cri par ces mêmes internautes pour les mails… C’est surprenant sur le fond et sans doute un symptôme a) d’aliénation collective et 2) de très forte efficacité de la pub Google qui semble vue comme inséparable, voire plus importante, que le contenu. Voir aussi Comment Google contribue au rétrécissement du savoir.
3) Imagine-t-on un système similaire pour la télé, qui couperait la pub ? Oui, car il y a eu des tentatives (et même des boîtiers anti-pub qui sont sortis), la plupart du temps avortées car illégales ou fonctionnant mal. Mais la réaction du public est inverse pour la télé (cf les débats lors de la privatisation de TF1 sur les films coupés … et aussi la valeur sentimentale de mesures telles que l’absence de pub sur les chaines publiques). A la télé, les gens veulent moins de pub mais sur Google ils en veulent plus !
4) Fleur Pellerin se déclare plutôt en faveur de Google (politique opt-out), ce qui est idéologiquement contradictoire avec le fait d’être à gauche, au sens où ce qui définit la gauche, c’est - ce devrait être - la lutte contre l’aliénation. Mais aussi contradictoire avec sa position sur la presse. Car si on admet que Google “prend” trop de valeur au détriment des journaux, pourquoi ne pas être ouvert a priori à toutes les tentatives de déplacement de cette valeur ? Free vient au fond de mettre en place un mécanisme qui force Google - et potentiellement toutes les régies de pub - à discuter ! [Vous pouvez être certains que la vision "presse" n'est pas absente dans la stratégie de Free, Xavier Niel est aussi patron du Monde].
Derbière contradiction pour finir, Pellerin privilégie aussi Google, qui ne crée pas d’emploi en France, sur Free, qui en crée (au moins potentiellement). Bonjour le redressement productif.
5) Nicolas Colin, co-auteur du meilleur livre sur l’économie numérique de l’année dernière se retrouve à la tête d’une mission dont le but est de définir un nouvel impôt sur la multitude, c’est à dire sur les données. L’idée de base est que Google utilise la richesse des français pour son business et donc les données que possèdent Google, utilisées pour servir statistiquement le bandeau publicitaire le plus pertinent possible, peuvent, à ce titre, être taxées. Cela permettrait aussi de taxer Google dès aujourd’hui sans avoir à unifier les politiques de TVA européennes (doit-on taxer là où est le serveur de Google ? là où est l’internaute ?) , ce qui peut prendre 10 ans. Mais il y a pour moi un vice de fond: que se passe-t-il si une entreprise possède les données (taxables) sans pouvoir en tirer de revenu (car c’est le “tuyau” qui en profite le plus). Le modèle “Colin” taxe donc potentiellement des entreprises sans revenu. Il serait intéressant de l’entendre à ce sujet.
6) Google est réellement, fondamentalement menacé par ce genre de modèle. Il a systématiquement lutté contre toutes les tentatives de “dérive” de revenu publicitaire, même très mineures et même quand une vision à court terme aurait pu être à son avantage économique immédiat (fraude au clic, voir le cas de la fraude au clic et des moteurs de recherche solidaires ). Free a coupé aussi l’info qui permet à Google d’avoir un retour sur les clics, donc toute possibilité de chiffrage et de facturation de leur pub ! La France doit vraiment commencer à les emmerder. On est vraiment une grande puissance.
7) Quand j’étais petit, deux choses ne rentraient pas à l’école: les croix et la pub. L’église a fait tomber l’interdiction des croix depuis longtemps et Google a fait tomber l’autre barrière puisque les écoles paient des ordinateurs pour que les élèves y reçoivent de la pub. Ce que Free tente de faire pour des raisons économiques, l’état français aurait dû l’imposer à Google depuis longtemps pour des raisons politiques.
8 ) La réponse de Google est à mon avis déjà prête. C’est trop important pour eux pour ne pas réagir. Au-delà de la réponse médiatique (ça semble déjà parti) et / ou légale, je parierais qu’ils ont des possibilités déjà prêtes pour faire varier le code servant les pubs, de façon à contourner un filtrage. On peut envisager des algorithmes générant des millions de façons différentes de présenter les pubs, ceci variant à chaque seconde. A la fin, c’est le plus avancé techniquement, c’est à dire à mon avis Google, qui gagne. Et comme d’habitude sur le Net, “code will be law“.
[Cet article, écrit à la va-vite, sera revu et corrigé. En attendant, régalez-vous.]
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La Marseillaise, l’équipe de France, la liberté 1 juillet 2010
Par Thierry Klein dans : Politique, Sport.Lu 1 450 fois | ajouter un commentaire
J’adore quand ils la chantent, mais je me battrai pour qu’ils puissent ne pas la chanter.
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Au-delà de cette limite, le service public n’est plus valable 9 juin 2010
Par Thierry Klein dans : Politique.Lu 2 477 fois | 3 commentaires
Il n’existe que deux activités où l’on perd de façon certaine : l’emprunt (puisqu’on devra rembourser toujours plus que ce qu’on a emprunté) et le jeu (si on joue suffisamment longtemps, on est statistiquement certain de perdre).
Dans un grand nombre de pays, ces deux activités sont donc interdites ou très sévèrement règlementées, avec une tolérance plus grande, en général, pour l’activité de prêt car celle-ci peut se révéler, sous certains aspects, utile à la société.
Mais plus le jeu d’argent prend d’importance, plus il est significatif d’une dégradation morale de la société. La plupart des joueurs ne jouent que parce qu’il y a un décalage entre leur perception du gain potentiel et l’espérance réelle, mathématique, de gain. Ce décalage est entretenu à grand frais par différentes méthodes (le marketing, l’environnement du casino, la publicité, etc…).
Un état qui se préoccupe de l’intérêt réel de ses citoyens, va interdire ou encadrer strictement les entreprises liées au jeu de hasard et le monopole de la Française des Jeux pouvait à l’origine se justifier de 2 façons.
1. En respectant mieux qu’une entreprise privée l’intérêt de ses consommateurs (les joueurs), la FdJ avait une mission morale (ne pas développer le goût du jeu outre mesure).
Bruxelles a montré que cette mission morale n’existait pas et que le comportement de la FdJ était devenu identique à celui d’une entreprise de jeu traditionnelle.
2. Le retour à l’état, vue comme une organisation garante de l’intérêt général, des gains (somme des petites ou grandes dépravations individuelles) permettait aussi, dans une certaine mesure de tolérer l’exercice du jeu lui-même en le contrôlant et en tirant parti dans un objectif de gain public, au moins au sens économique du terme.
Il est tout à fait remarquable, et significatif de l’esprit du temps, que cet argument n’ait même été invoqué par la France à Bruxelles.
Comment se finit donc le service public ?
Après une période plus ou moins longue, l’entreprise devient aussi avide vis-à-vis de ses propres clients qu’une entreprise classique (mais évidemment, la situation de monopole lui permet d’être encore plus avide, comme cela a été le cas pour la FdJ, comme cela est aujourd’hui le cas pour la SNCF).
Ce qui s’ensuit (fin du monopole, privatisation) n’est alors qu’un épiphénomène: l’esprit public a disparu depuis bien longtemps.
L’état peut aussi vouloir éduquer les citoyens. Dans les années 50, Pierre Mendès-France avait eu l’idée de bloquer un pourcentage des sommes jouées sur un carnet d’épargne, pour que tout joueur puisse voir, quelques années plus tard, le décalage entre les revenus de l’épargne et du jeu.
On comparera cette position au vote qui vient de légaliser les paris privés, en urgence, trois jours avant la Coupe du Monde, évidemment sous l’influence de multiples lobbies. Où est l’intérêt général dans tout ça ?
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Les TICE aux Pays des Merveilles 20 mars 2010
Par Thierry Klein dans : Economie, Politique, Technologies.Lu 1 529 fois | 2 commentaires
Je me suis “coltiné” à peu près 50% du rapport Fourgous ces dernières semaines - j’emploie le mot “coltiné” pour rester poli, tellement ce rapport est indigeste.
Je dois être une des seules personnes au monde à en avoir lu presque la moitié, je vous assure que ça tient de l’exploit, c’est ma performance du mois, un peu comme si j’avais couru un 100 m en 10 secondes ou si j’étais resté 6 mn sous l’eau sans respirer. D’ailleurs, c’est un peu ce que je ressentais à la lecture des phrases du rapport: “est-ce que je vais tenir jusqu’à la fin sans mourir (d’ennui) ?”.
L’histoire retiendra donc qu’Einstein a changé l’histoire de la physique avec un papier de 10 pages mais que Fourgous n’a rien changé du tout avec un pavé de 326 pages. Comme quoi, avant de s’intéresser aux TICE, un peu de bonne vieille instruction classique ne nuit jamais et aurait peut être permis au(x) rédacteur(s) d’apprécier les mérites de la concision et de la clarté. (Je sais, cher lecteur, tu penses toi aussi que l’introduction de ce billet est bien trop longue ! Pourtant tu vas poursuivre sa lecture le sourire aux lèvres - et crois moi, tu apprendras bien plus en lisant ces quelques lignes qu’en consultant le rapport Fourgous, même si, à ton grand regret, leur auteur n’est pas non plus Einstein !).
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Les formes élémentaires de l’aliénation (2) : la névrose 26 février 2010
Par Thierry Klein dans : Economie, Politique.Lu 1 932 fois | 4 commentaires
Billet précédent : Les formes élémentaires de l’aliénation (1)
La névrose est une aliénation particulière, de nature inconsciente, où la victime est confondue avec l’oppresseur - le terme “alien” fait explicitement référence à un tiers lorsque victime et oppresseur sont distincts. Il est intéressant de noter que Marx et Freud ont tous deux eu l’impression que “la prise de conscience” (de la cause du refoulement dans le cas de Freud, de la lutte des classes dans le cas de Marx) permettrait de résoudre le problème.
Freud s’est assez vite rendu compte que l’observation clinique contredisait sa thèse initiale, mais aucune observation n’a jamais pu confirmer la thèse de Marx. Son oeuvre a principalement été utilisée de façon tactique pour la prise de pouvoir (en particulier lors du coup d’état de 1917) mais la fameuse “prise de conscience” a toujours été remise à plus tard. En termes marxistes, on pourrait dire que la contrainte communiste (consciente) a simplement remplacé l’aliénation du régime tsariste (inconsciente), sans aboutir jamais à la moindre prise de conscience, ni même, ce qui aurait été intéressant, à la transformation de cette contrainte en aliénation - c’est-à-dire en une adhésion populaire massive au mythe communiste.
Il semble que dans le monde moderne seule la démocratie possède cette propriété de faire adhérer la population au “mythe” (c’est bien un mythe, car penser que la vérité procède de la majorité est du domaine de la croyance. Tocqueville: “La démocratie [...] entraîne une immense pression de l’esprit de tous sur l’intelligence de chacun”).
Cette distinction entre névrose et aliénation était nécessaire pour introduire l’aliénation consommatrice, qui définit et structure le monde actuel, tous pays et tous régimes confondus, et qui sera le sujet de mon prochain billet.
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Les formes élémentaires de l’aliénation (réponse à Enzo) 22 février 2010
Par Thierry Klein dans : Aliénation, Politique.Lu 2 535 fois | 18 commentaires
Enzo a laissé une diarrhée de commentaires sur mon précédent article « L’aliénation choisie ».
En fin d’écoulement, Enzo finit par écrire qu’il ne sait pas très bien ce qu’est l’aliénation (ce qui fait que pour lui, à la fin des fins, tout devient « une question de curseur »). Il y a pas mal d’autres choses, positives et négatives, à prendre dans les commentaires d’Enzo qui sont aussi intéressants par leurs « a priori » et en particulier ce que j’appelle « l’a priori féministe ».
J’y répondrai progressivement, dans ce billet et dans ceux qui suivront, mais en attendant, tu n’as pas idée du plaisir que je prends, cher lecteur, à affirmer des conjectures, à les écrire sur ce ton professoral et pontifiant et à les regrouper sous un titre pompeux, un peu comme un professeur en classe prépa (on a le syndrôme de Stockholm qu’on peut !). Sans penser que tu vas (peut-être) les lire. Rien que pour ça, ce blog est totalement irremplaçable. Merci, merci, merci !
Le concept d’aliénation suppose une victime et un oppresseur, ainsi qu’une sorte de « collaboration » entre la victime et son oppresseur. Pour bien comprendre les différentes formes d’aliénation, il faut s’intéresser au côté conscient ou inconscient de la victime, au côté conscient ou inconscient de l’oppresseur et aussi à la réalité de l’oppression (il n’est en effet pas toujours évident de savoir s’il y réellement une victime et un oppresseur).
On peut jouer presqu’à l’infini avec tous ces paramètres et s’en servir pour créer une typologie des aliénations.
L’esclavage: contrainte et aliénation
Dans l’esclavage, la victime est consciente et l’oppresseur est, le plus souvent, lui aussi conscient de l’oppression. Dans ce cas, on ne parle pas d’aliénation mais plutôt de contrainte. La notion d’esclavage est incompatible avec la notion de liberté individuelle ce qui fait qu’il n’est pas toléré dans les pays dont la législation découle plus ou moins « des Lumières ». Cette situation reste une exception historique et l’esclavage reste une structure fondamentale du développement de l’humanité à travers presque tous les âges.
Dans certains cas, l’esclavagiste peut être inconscient. Aristote réduit l’esclave au rang « d’objet animé », dont la vocation est d’être commandé et justifie ainsi la légitimité de l’esclavage par l’intérêt commun du maître et de l’esclave. On peut dire qu’Aristote rationalise ainsi une structure dont il tire évidemment un avantage personnel, comme le faisaient les esclavagistes américains ou Afrikaners (comme le font aujourd’hui les néo-libéraux qui justifient les excès du capitalisme par son utilité finale) mais c’est prendre un homme génial pour un pur imbécile.
Plus probablement, Aristote voit dans l’esclavage une sorte de « structure stable et naturelle de développement de l’humanité », au sens où un structuraliste pourrait aujourd’hui la concevoir. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il n’est pas certain qu’Aristote soit juste un pré-hégélien ou un pré-marxiste, totalement inconscient du côté arbitraire et injuste de la relation « maître / esclave » (il évoque d’ailleurs ces deux aspects). Aristote raisonne surtout en politique et voit les inconvénients qu’il peut y avoir à casser cette relation pour le bon développement de la société. En ce sens, il est aussi un « post-marxiste » qui a su tirer les leçons de la chute du Mur – le communisme, c’est à dire la destruction systématique de toutes les relations capitaliste / travailleur, fussent-elles injustes, ne fonctionne pas car il ne crée pas un modèle politique harmonieux de développement, une « structure stable et naturelle de développement de l’humanité ».
[Par rapport à quelqu'un comme Elisabeth Badinter, il se pourrait bien qu'Aristote ait 100 ans d'avance et non pas 2000 ans de retard. Je m'expliquerai plus en détail sur ce point dans mon prochain billet.]
Le servage
Dans le cas du servage, tel qu’il est pratiqué en France au Moyen-âge, il est clair que seigneur et serf sont en grande partie inconscients, sans que le côté contrainte de la relation ne soit jamais totalement éliminé cependant. Le Noble est certain que sa supériorité repose sur des critères génétiques et de caractère, le Serf voit dans la société une structure naturelle – on est dans un cas d’aliénation à peu près pur, si l’on admet que l’oppression est bien réelle (elle l’est, au moins sous l’angle de la liberté politique ou des droits de l’homme – 2 critères auxquels j’ accorde beaucoup de valeur, mais dont l’objectivité me force à reconnaître le caractère arbitraire et exceptionnel au sens historique).
Cette forme d’aliénation disparaît de façon tout à fait remarquable: la prise de conscience de l’aliénation la fait disparaître.
Avec Voltaire et Beaumarchais, Noble et Serf perdent progressivement l’illusion de leur différence. La demande « naturelle » du serf pour la liberté n’est plus contrebalancée par la croyance du Maître en sa supériorité. L’ordre naturel des choses s’effondre. La Révolution française n’a lieu que parce que les Nobles ne croient plus en leur supériorité intrinsèque. Ils ne se battent alors plus que pour conserver des privilèges. Ce combat est perdu d’avance, ne serait-ce que sur le plan moral.
Le travailleur et le capitaliste.
Marx nous parle d’une aliénation inconsciente du travailleur par le capitaliste et décrit, dans le premier livre du Capital, comment se crée la dépendance et l’oppression. Pour lui, le travailleur n’a que l’illusion de la liberté mais la plus-value qu’il crée par son travail est intégralement captée, à ses dépens, par le Capitaliste.
[A noter, pour Enzo, que Marx, comparant les taux de surtravail (2) de l'esclave, du serf et du travailleur montre que l'aliénation par le travail est la pire qui soit – au sens où l'ouvrier, en pourcentage de son temps de travail, passe plus de temps au bénéfice de son patron que l'esclave antique ou que le serf. En ce sens, l'aliénation capitaliste est pire que l'oppression esclavagiste].
L’aliénation dont parle Marx est de nature inconsciente, au moins pour l’ouvrier, qui n’a que l’illusion de la liberté. Marx crédite le capitaliste d’un plus haut niveau de conscience et montre comment l’exploitation ouvrière est organisée de façon rationnelle.
La réalité de l’aliénation marxiste reste à prouver. A partir du moment où le travailleur est formellement libre (d’aller voir ailleurs, de relire son contrat…), peut-on vraiment changer la société et les lois sur le présupposé que c’est un imbécile qui se laisse aliéner ? La gauche vous répondra « plutôt oui » (et c’est pourquoi elle a des tendances liberticides, au sens où elle veut changer les choses contre le gré de gens dont la prise de conscience n’a pas « encore » eu lieu), la droite vous répondra « plutôt non » (et c’est pourquoi elle a des tendances anti-sociales et un lien très fort avec la bêtise, puisqu’elle cherche avant tout à protéger et à nier des privilèges qui lui sont pourtant littéralement jetés sous les yeux ).
De toutes les façons, on reste dans le domaine des sciences sociales, c’est à dire en dehors du domaine de la science (3) et toujours dans le domaine de la conjecture, même s’il y a des degrés dans le niveau de la conjecture. Un des drames des sciences humaines est que les plus grands découvreurs, comme Marx ou Freud, pensent que leurs conclusions sont de nature scientifique alors que seule leur approche l’est. Là aussi, il me semble qu’Aristote, n’ayant pas cette illusion, leur est supérieur.
[Tu t'indignes et tu bous, cher lecteur qui te sens une fibre sociale, mais comme toi, je pense que les situations sociales que décrit Marx sont inhumaines et doivent être combattues. Simplement, la réalité de l'aliénation est un problème différent. Le fait qu'il y ait des situations inacceptables ne prouve pas en soi l'aliénation. Il se pourrait que les situations inacceptables soient inévitables, comme le pense Malthus, et que la notion d'aliénation procède d'un autre trait de caractère humain: la recherche d'une cause facile et pour tout dire, d'un bouc-émissaire.]
Marx a étudié la révolution française, Lénine et les bolcheviks sont littéralement captivés par son exemple et pensent qu’il est possible de renverser le régime capitaliste comme les Lumières ont renversé la Royauté, à ceci près que la prise de conscience aura lieu après la révolution et non pas avant. Il faut au moins deux présupposés pour penser ceci: penser que l’aliénation est réelle (j’ai déjà parlé de ce premier point) et surtout penser qu’une société de type marxiste-léniniste peut constituer un « état stable de l’humanité ».
Les bolchevicks négligent ce point car la Révolution française a débouché, certes après beaucoup de massacres et de guerres, sur une société totalement nouvelle, sans esclave, bâtie autour d’un principe de liberté et d’égalité : cet état de choses tient maintenant sans trop grosse contrainte depuis deux siècles. On est sorti d’une structure stable pour aller tout naturellement vers une autre structure stable – et cette nouvelle stabilité empêche le retour en arrière (la Restauration). Il apparaît aux Bolcheviks que le plus dur, c’est de réussir la révolution.
Mais la vraie question, on le sait à présent c’est celle-ci: la structure qu’envisage Marx (ou plutôt Lénine) pour sa société peut-elle être stable ?
La question reste posée puisqu’un échec, celui de la période 1917-1989, ne peut pas prouver l’impossibilité théorique (4). De façon scientifique, je ne peux donc pas répondre non, mais de façon sensible et empirique, je pense profondément que la correction de l’aliénation par la prise de conscience est une vision de l’esprit (5), que les sociétés bâties selon les principes marxistes sont forcément inhumaines et ne peuvent, en tant que telles, perdurer de façon stable. En gros, ma position vis à vis du marxisme est « quelle que soit la réalité du phénomène constaté par Marx, le remède qu’on nous propose est pire. Et la possibilité même d’un remède de nature structurelle et permanente n’a pas encore été établie. ».
(La révolution française: une révolution qui réussit et qui aboutit vers un modèle de société stable.
Le communisme : une révolution qui réussit et une société qui échoue, car non stable.)
Le féminisme, l’aliénation maternelle.
Pour les féministes, l’aliénation de la femme est un processus inconscient pour la victime et plus ou moins conscient pour l’homme (comme chez Marx, on prend l’opprimé pour un imbécile mais on fait en quelque sorte honneur à l’oppresseur en lui accordant un degré de conscience assez élevé. On peut excuser ce travers et penser que, s’il y a réellement aliénation, l’indignation que montrent les féministes et Marx envers l’oppresseur est somme toute assez naturelle).
Mais là aussi, y a-t-il aliénation ? Dans le modèle « la femme au foyer, l’homme au boulot » qui a prévalu jusque dans les années 60 dans notre société, il est difficile de déterminer oppresseur et victime. Il y a juste partage des tâches, l’homme faisant indirectement vivre à la famille à travers son temps passé au travail et la femme directement par le temps passé au foyer.
L’aliénation féministe est encore plus difficile à mettre en évidence que l’aliénation marxiste. Au moins Marx peut-il mettre en évidence une captation de plus-value, qui constitue une sorte de « symptôme » aliénant – sans que l’aliénation elle-même ne soit formellement prouvée. Mais rien de tel chez les féministes. Pas de lien d’intérêt direct entre homme et femme, juste une contribution pour un objectif commun. Depuis au moins 50 ans, la femme est aussi tout à fait libre de travailler (c’est à dire, au sens marxiste, libre de s’aliéner). Donc il n’y a pas non plus contrainte, au sens où je le définissais précédemment dans ce billet.
Les liens entre féminisme et marxisme.
Les deux reposent sur la dénonciation d’une structure d’aliénation inconsciente et non démontrée (ce qui fait que les féministes comme les marxistes sont de gauche), mais ces aliénations sont inconciliables et opposées: si les femmes travaillent « comme » les hommes, ce qui est le cas aujourd’hui, l’exploitation des travailleurs augmente (en gros, il faut deux personnes aujourd’hui pour faire vivre un foyer alors qu’il en fallait une il y a un siècle. Le temps passé à faire la vaisselle est troqué contre le temps passé à s’acheter le lave-vaisselle. Est-ce un progrès ?).
En augmentant la taille de « l’armée de réserve », les femmes mettent les travailleurs de tous les sexes en concurrence au bénéfice du Capitaliste, qui profite à la fois de l’augmentation de la réserve de travailleurs et de celle du nombre de consommateurs (c’est à dire du marché). (6)
Le slogan féministe : « A travail égal, salaire égal ! (pour les femmes)». La réalité « A travail égal, salaire inférieur » (pour tous !).
Il semble honteux, pour les féministes, d’invoquer la « loi naturelle » pour justifier la femme au foyer, ou simplement la femme qui élève son enfant. Il n’y aurait là qu’aliénation. Les deux hypothèses étant des conjectures, qui plus est non exclusives l’une de l’autre, j’ai plutôt tendance à croire en la réalité d’une loi naturelle, observable chez la plupart des espèces animales et dans la plupart des sociétés, qui fait que la femme a plus naturellement « envie » de s’occuper de ses enfants que l’homme.
Je ne suis pas sûr que le mélange à égalité des rôles parentaux corresponde à une structure stable de la société et je pressens autant d’inconvénient à imposer ceci qu’il a pu y en avoir à imposer une structure marxiste de la société.
Le capitalisme moderne crée aujourd’hui des foyers où les enfants sont laissés à l’abandon par les parents des deux sexes – au mieux, ils sont laissés à l’éducation des tiers (professeurs, nounous, etc…) - le but final semblant être de pouvoir les équiper de Nike. On a troqué l’éducation parentale contre des biens de consommation. Mais une des sources de la supériorité de l’homme, c’est sa capacité à transmettre aux générations futures et son principal risque de survie, en tant qu’espèce, c’est son incapacité à maîtriser sa consommation, qui se traduit par l’épuisement des ressources dont il vit.
La femme au travail, au regard de ces deux critères, apparaît donc avant tout comme un élément de développement non durable.
(J’espère que comme Enzo tu m’excuseras, cher lecteur, pour cette phrase qui peut sembler provocatrice mais dont j’admets volontiers que le principal intérêt est de fournir une chute élégante à ce billet qui commence à se faire un peu long mais qui est loin d’être terminé. Je t’infligerai rapidement une suite dont la trame est la suivante: aliénation et névrose, l’aliénation consommatrice, imprégnation et aliénation, aliénation allemande et Lebensraum, aliénation envie et victimisation, le syndrôme de Stockholm humain, l’aliénation animale, une modélisation physique des sociétés stables).
(1)Cela semble un point évident, mais ce n’est pas si facile à montrer. Si le critère est la liberté ou les droits de l’homme, l’oppression du serf par le seigneur est réelle.
(2)Dans le temps de travail de l’esclave ou du travailleur, Marx distingue le temps nécessaire pour assurer sa subsistanceies du temps (sorte de minimum de travail incompressible) du temps qui enrichit ou accroît le confort de son oppresseur (sorte d’unité de mesure de l’aliénation).
(3)On est dans le domaine de la science quand on est capable de prédire des phénomènes de façon quantitative à partir de lois déduites de l’observation.
(4)Qui plus est le marxisme-léninisme ou le stalinisme ont à peu près autant de choses à voir avec Marx que l’Eglise de l’Inquisition avec les évangiles.
(5) Comme l’est, au niveau individuel, la correction de la névrose par la prise de conscience.
(6) Un problème politique intéressant en découle. Dans la mesure où les aliénations s’entrechoquent, une société sans aliénation est-elle possible ou simplement souhaitable ? Selon quel modèle les aliénations s’entrechoquent-elles ? Je sens ton impatience, cher lecteur, surtout si ton nom est Enzo et j’essaierai de te fournir quelques conjectures à la fin de ce billet.
- Les formes élémentaires de l’aliénation (2) : la névrose
- L’aliénation choisie
- Imprégnation et aliénation infantile
- Les formes élémentaires de la névrose (3) : l’aliénation consommatrice
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L’aliénation choisie 14 février 2010
Par Thierry Klein dans : Politique.Lu 2 033 fois | 23 commentaires
Elisabeth Badinter dénonce “l’aliénation maternelle” et l’idéologie du “retour de la femme au foyer”. Mais si la femme n’est pas au foyer, elle est au travail, ce qui est aussi une aliénation. Et l’indépendance financière la rend consommatrice, c’est-à-dire aliénée par la publicité.
Le fait que ces deux dernières formes d’aliénations soient “mixtes” et touchent à la fois hommes et femmes ne les rend pas meilleures ni plus souhaitables, comme Elisabeth Badinter semble le croire.
[Le fait de préférer les aliénations mixtes (travail, consommation) à l'aliénation féminine (allaitement...) montre d'ailleurs à quel point le féminisme, tel que le conçoit Elisabeth Badinter, est plus une frustration qu'un humanisme]
Vouloir imposer à un être humain de renoncer à son aliénation (autrement dit, en langage courant, “vouloir faire le bien de quelqu’un contre son gré”) procède toujours d’une vision totalitaire (inquisition, stalinisme…).
On peut certes rêver de lendemains meilleurs, d’un âge d’or où les hommes et les femmes ne subiraient plus d’aliénation consciente ou inconsciente.
Mais en attendant, on n’a pas inventé mieux que la Liberté (qui n’est au fond que le droit, pour chaque être humain, de choisir son aliénation et non pas la fin de l’aliénation).
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L’échec de la réforme de santé aux USA 4 janvier 2010
Par Thierry Klein dans : Economie, Politique.Lu 3 681 fois | ajouter un commentaire
Aux Etats-Unis, le secteur de l’assurance santé est, dans presque tous les états, un oligopole.
Principale conséquence: les dépenses de santé représentent 15% du PIB (soit 50% de plus qu’en France, avec un taux de couverture de la population beaucoup plus faible. Si on prend les dépenses de santé par personne, on obtient un facteur 2. Pour les personnes ayant accès au système, on obtient un facteur 3 à 4 !).
Les intérêts des financeurs de soins (mutuelles), des donneurs de soins (hôpitaux, médecins) et des sociétés pharmaceutiques sont liés: tous ont intérêt à ce que les coûts de santé augmentent (voir mon billet de juin 2009).
Le principal, l’unique enjeu même de toute réforme de santé aux USA (inscrit dans le programme d’Obama) est la mise en place d’un système public de sécurité sociale, le seul capable de faire baisser le coût des soins en mettant réellement, dans chaque état, les mutuelles d’assurance et les laboratoires en concurrence.
Avec un système public de sécurité sociale, les américains ont les moyens de faire baisser les coûts de la santé tout en étendant la couverture à l’ensemble de leur population, sans pratiquement aucune restriction.
Tout le lobby de la santé (entraînant derrière lui bon nombre de démocrates) et les républicains se sont battus becs et ongles contre une telle réforme avec des arguments d’un simplisme confondant: on a mis en avant la “liberté de choix des soins” (alors que la population américaine n’a pas accès aux soins aujourd’hui !) pour cacher l’avidité et le besoin de profit de quelques uns.
La réforme du système américain telle qu’elle a été finalement votée ne profitera durablement qu’au lobby de la santé - et principalement aux mutuelles et aux laboratoires.
L’option publique (ce qu’on appelle en France la sécurité sociale) n’est ouverte qu’à environ 5 millions de personnes - les salariés les plus pauvres. En conséquence, le pouvoir de négociation de cette “sécurité sociale” pour faire baisser les prix sera quasiment nul.
30 millions de personnes supplémentaires auront accès au système de couverture privé - ce qui correspond à la création d’un nouveau marché énorme pour le lobby de la santé, d’autant plus que, les coûts étant non maîtrisés, les primes vont augmenter encore plus que par le passé pour les assurés… et pour l’état (il est simplement prévu des objectifs de “réduction des prévisions d’augmentation des coûts” (!) qui non seulement ont un caractère peu contraignant mais de plus sont incontrôlables).
Le nouveau régime ne cessera d’être de plus en plus déficitaire. Dans 3 à 10 ans, tout au plus, on atteindra les 20% du PIB et un congrès, probablement républicain, prendra acte du trou sans fond ainsi creusé et en profitera pour revenir en arrière sur l’ensemble de la réforme.
Obama a parlé du “meilleur compromis possible”. En réalité, il vient d’oblitérer la possibilité de toute réforme réelle de santé aux Etats-Unis pour les 30 à 50 ans à venir.
Il en sera de cette tentative de réforme comme de la lutte contre le chômage en 1983 en France ou des 35h aujourd’hui: sous prétexte que ceux qui s’y sont frottés ont lamentablement échoué, on condamne durablement l’objectif même au lieu de tenter d’y parvenir en utilisant d’autres moyens.
Et mieux vaut encore un échec visible (Copenhague) qu’un faux succès qui clôt le débat pour des décennies.
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Enorme 23 octobre 2009
Par Thierry Klein dans : Politique.Lu 1 014 fois | ajouter un commentaire
Le fils Sarkozy a été énoooorme, ce soir sur la 2.
Sans avoir jamais l’air ridicule, il a réussi à faire passer l’idée que n’être “que” candidat au conseil d’administration de l’EPAD était un acte de tolérance, d’humilité, de compréhension, d’écoute, d’engagement, etc (J’en passe, je ne sais pas être aussi lyrique !).
Il a convaincu même la gauche, qui parle de “retrait”, “bon sens”, “victoire”, “retour sur terre” - qui oublie qu’au fond, c’est aussi incroyable, à 23 ans, d’être membre du conseil d’administration que Président !
Ils sont très peu en France, moins de cinq peut-être, à pouvoir faire ce genre de numéro. Tapie, Sarkozy Père, Kahn, Cohn-Bendit…
Il a peut être renoncé (temporairement) à l’EPAD, mais il a gagné beaucoup plus. En 15 jours, il est devenu un homme politique d’envergure nationale au yeux de ses adversaires mêmes, qui lui ont dressé son piédestal.
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De France Télécom à Al Quaïda ? 19 octobre 2009
Par Thierry Klein dans : Politique.Lu 1 337 fois | 6 commentaires
Y a-t-il jamais une raison unique donnée à un suicide ? Probablement pas. Un suicide a toujours un ensemble de causes « latentes » : historiques, personnelles, familiales et peut-être professionnelles.
Même si les raisons qui poussent au suicide sont diverses, la personne qui se suicide a souvent l’illusion qu’elle se suicide « pour » l’une d’entre elles qui lui tient lieu de raison manifeste (chagrin d’amour, perte d’un proche, accident…) ou bien « au nom » de l’une d’entre elles (attentat suicide au nom d’un idéal politique ou religieux).
Quand on se suicide « pour une raison », on parle de grand chagrin ou de folie. Quand on se suicide « au nom d’une cause”, on parle de fanatisme.
Aujourd’hui, au milieu, il y a les employés de France Télécom. La raison manifeste invoquée du suicide : le cadre de travail ; la cause au nom de laquelle on se suicide : la lutte syndicale. Car les lettres laissés par les employés sont de purs tracts, il est clair qu’ils ont aussi fait de leur suicide un moyen de lutte.
Folie d’un côté (car qui peut sérieusement croire qu’un acte aussi grave puisse être, même partiellement, expliqué par les conditions de travail chez France Télécom, aussi exécrables soient elles ? En recherchant dans la vie personnelle des victimes, on trouverait tellement d’autres choses…) et fanatisme de l’autre (car quand on en est arrivé au point de « tract-suicide », le plus dur est fait, à savoir l’anéantissement de l’instinct de conservation personnelle et il n’y a plus beaucoup de marches à franchir pour en arriver à « l’attentat suicide » à savoir l’anéantissent de l’instinct de conservation des autres, celui-ci étant évidemment beaucoup moins fort que celui-là).
Folie aussi au niveau de l’interprétation, partisane jusqu’au délire, qui est faite de ces actes.
Qui croît encore aujourd’hui que les causes manifestes d’un suicide (celles dont parle la victime) sont les causes réelles ? Qui n’est pas au courant du fanatisme derrière la plupart des actes de suicide pour des raisons politiques ? Pourtant, tout ça est mis de côté par tous ceux qui parlent de cette « vague » de suicides.
Du côté de la direction de France Télécom et du gouvernement, ce n’est probablement que bêtise, aveuglement et culpabilisation plus ou moins sincère.
La façon la plus efficace de lutter contre cette “vague” n’est pas la fausse compassion affichée par tous, mais la dénonciation du caractère ridicule et illusoire de la cause invoquée et surtout du fanatisme qui se cache derrière le “tract-suicide”. Si vous arrivez à faire comprendre à un homme qu’il va se suicider pour de très mauvaises raisons, des raisons ridicules, des raisons fanatiques; il hésitera beaucoup plus à franchir le pas. Car il n’y trouvera ni justification, ni grandeur.
Presque partout et presque toujours, le suicide, c’est le problème du malade. Il faut l’aider à prendre conscience de son état et non pas lui faire croire qu’il agit de façon rationnelle. Il s’agit de consulter à temps.
Que dire donc des syndicats et partis divers, qui, mettant de l’huile sur le feu, jouent dans cette affaire le même rôle qu’Iago vis-à-vis d’Othello. Ils sont sans doute les premiers impliqués dans la « croyance » qu’ont les suicidés que leur mort est justifiée par les horribles « conditions de travail » et « servira d’exemple politique ». Les premiers aussi à en tirer parti. Leur comportement est éthiquement injustifiable.
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