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Qu’y a-t-il de plus stupide qu’un pigeon ? 3 octobre 2012

Par Thierry Klein dans : Economie, Non classé.
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On voit fleurir un peu partout des tribunes écrites par des “pigeons” autoproclamés.

Les pigeons sont des entrepreneurs qui pleurnichent devant le nouveau projet de loi de finances pour 2013 en tapotant de façon hystérique sur la touche “vierge éplorée” de leur clavier.

Ils sont “incompris et vilipendés”, “marqués au fer rouge” alors qu’ils n’ont pas “l’argent comme moteur” et qu’ils travaillent “quand même 6 jours sur 7″ (Patrick Robin, Huffington Post). La France est évidemment un pays “anti-entrepreneurs” (Marc Simoncini, Les Echos). Certains ont l’esprit tellement ouvert et généreux qu’ils ont même voté à gauche, c’est dire ! (Pierre Chappaz, Au revoir les startups).

C’est donc uniquement pour faire œuvre de bien public qu’ils mettent à profit leur expertise économique (immense, forcément immense) pour avertir “le gouvernement de profs et de fonctionnaires ignorants qui sont au pouvoir” des multiples dangers présents dans la nouvelle loi fiscale. “Une loi de finances anti-startups“, proposée après un “débat superficiel voire démagogique”. Une loi qui va les conduire, eux qui sont pourtant si altruistes “à passer aux 35h pour toucher le chômage” (Marc Simoncini) ou - bien sûr - les contraindre à s’expatrier prochainement ce qu’ils auraient évidemment du faire depuis longtemps déjà si leur générosité légendaire ne les avait pas retenus contre toute logique tant il est vrai qu’en France, “rester, c’est déjà être un peu de gauche, non ?” (Patrick Robin, futur pigeon voyageur).

J’en passe et des meilleures, tellement le style, les termes, les expressions employés sont risibles et grandiloquents. Patrick Robin (”Moi, entrepreneur”) manie pour le pire, si c’est encore possible, le style anaphorique que notre nouveau Président a déjà bien lourdement remis à l’ordre du jour. Marc Simoncini nous parle d’enfer fiscal (comme quoi, l’enfer, c’est toujours les autres). Jean-David Chamboredon qui souhaite se la jouer plus “expert”, parle de “taux marginal confiscatoire, d’expropriation larvée” !

C’est donc par manque d’imagination, plus que par retenue, que le terme “racisme anti-entrepreneurs” n’a pas encore été employé. Mais cela ne saurait tarder.

Le point commun entre tous ces entrepreneurs, à part la lourdeur de leur style ? Ils sont tous (relativement) jeunes, riches et ont fait fortune rapidement dans la nouvelle économie en revendant leurs entreprises. Tout ceci n’est pas une tare mais la “création de valeur” qu’ils mettent en avant pour montrer leur expertise est toute spéculative et virtuelle. Fragile et légère comme une bulle, elle n’a eu, jusqu’à présent, aucun impact sur l’activité économique réelle.

Comme l’écrit Henri Verdier, “Il y a des gens qui souffrent plus que nous, dans ce pays comme ailleurs et je crois qu’il fait meilleur être entrepreneur en France que salarié d’Arcelor”.

La posture adoptée (dite “du pigeon”) n’est pas sérieuse. S’ils étaient réellement généreux, soucieux du bien public, tous ces entrepreneurs seraient relativement indifférents au fait d’être plus ou moins taxés.

Aucun d’entre eux n’est habilité à parler d’intérêt général, ils sont tous à la fois juge et partie. Leur avis sur la question est à peu près aussi intéressant que celui des buralistes sur le prix du tabac, des restaurateurs sur la TVA ou de Servier sur le Mediator. Ils ne peuvent être écoutés, quoi qu’ils en disent, comme des observateurs impartiaux.

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Qu’a-t-il manqué au Grenelle de l’environnement ? Un zeste de Capital Altruiste 9 mai 2010

Par Thierry Klein dans : Economie, Entreprise altruiste.
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La mort du Grenelle

Il y a 18 mois, il y avait un consensus général autour du Grenelle de l’environnement. Ce consensus était démocratique. Il était démocratique ! C’était un engagement, peut-être même une conviction, du candidat Sarkozy – qui en l’occurrence ratissait bien au-delà de son propre camp.

Investir pour la création d’une industrie verte est évidemment la voie à suivre, pour la France en tant que puissance économique, pour l’être humain en tant qu’espèce. Il n’y a aucun secteur ou l’investissement lié au grand emprunt ne peut être plus rentable pour l’avenir (les fonds dépensés par la France dans le numérique et l’éducation le seront en pure perte, comme d’habitude).

De tout ça, il ne reste rien, ou presque 18 mois plus tard. Que s’est-il passé ?

Le Grenelle attaquait directement les intérêts à court terme de certains secteurs (chimie, nucléaire, transport…).

Le rôle du lobbying

Des entreprises se sont organisées en lobbies, avec des moyens importants et ont fait la promotion de leurs intérêts tous azimuts. On a attaqué le Grenelle au nom de la sauvegarde des emplois, de l’intérêt du consommateur, de la rationalité économique, etc…

Le pouvoir politique, et en particulier le pouvoir législatif –députés et sénateurs – a reculé.

On peut dénoncer le cynisme des entreprises, le côté velléitaire des élus, mais le lobbying est une pratique légale. Qu’auriez-vous fait si vous étiez à la tête d’une grande entreprise de chimie ? Ou si vous aviez une entreprise de chimie installée dans votre circonscription, qui emploie vos électeurs, finance votre campagne, etc. ? Très probablement la même chose.

Lobbying et démocratie

Non seulement le lobbying est une pratique légale, mais il est aussi indissociable des démocraties modernes. Si on ne donne pas des voies d’influence officielles au pouvoir économique, il cherche des voies occultes, beaucoup plus nuisibles à la démocratie et à la liberté. Lobbying n’est pas corruption (sinon parfois corruption intellectuelle).

Imaginez un pays où la presse serait libre, mais où il faudrait investir 100 millions d’euros pour créer un journal. La presse jouerait-t-elle son rôle démocratique ? Bien sûr que non ! Faudrait-il la supprimer pour autant ? Non plus, car le remède serait pire que le mal. L’équilibre démocratique serait rétabli dès lors que des groupements de citoyens partisans peuvent facilement se créer pour rassembler ces sommes.

(L’équilibre démocratique : la confrontation des opinions partisanes. Le déficit démocratique actuel : la prise de contrôle totale du champ du lobbying par un seule cause : celle du pouvoir économique.)

Ce qui est réellement inadmissible, ce n’est donc pas le lobbying lui-même, mais l’absence de « contre lobbying ». Ce que les entreprises ont fait (et elles étaient en droit de tenter de protéger leurs intérêts), les ONG qui sont « en face » ne peuvent pas le faire par manque de moyens économiques. L’Economique dispose d’un moyen d’influence extrêmement puissant, que l’Intérêt Général n’a pas (2).

Temps médiatique et temps législatif

Les ONG présentes au Grenelle peuvent bien, durant quelques semaines, être présentes au Grenelle ou peser le temps d’une élection, d’une émission de télé – ce que j’appelle le temps médiatique. Seuls les intérêts économiques peuvent aujourd’hui peser efficacement sur la procédure législative elle-même. Cette procédure est par nature longue (plusieurs années) et l’influencer est un processus coûteux (cela veut dire effectuer un travail de fond auprès de quelques centaines d’élus et de fonctionnaires).

Il s’est passé exactement la même chose aux USA pour la réforme de la santé (j’en ai parlé dans un précédent billet) et tout ça se répète pour la réforme financière. Les réformes à faire sont évidentes mais les décisions finales sont largement vidées de leur contenu sous l’influence du lobbying – et surtout, en l’absence de « contre lobbying » efficace, car actuellement le lobbying n’est accessible, pour des raisons de coût, qu’aux entreprises (1).

Comment le Capital Altruiste peut-il corriger cette situation ?

Si un grand nombre d’entreprises adoptent le Capital altruiste, s’il devient un vrai courant économique, alors les moyens des ONG seront automatiquement indexés sur la valeur du capital des entreprises. Ce qui veut dire que le « contre lobbying » devient une dépense accessible aux organisations d’intérêt général.

On résout le déficit démocratique non pas en restreignant le lobbying, mais en l’ouvrant à tous.

ONG, associations: vous pèserez sur le cours du monde en utilisant la même tactique que les entreprises, non pas en essayant d’interdire aux entreprises de les mener.

 

 

 

 

(1) On parle de dépenses de quelques millions de dollars aux USA dans le cas de la réforme de la santé (aux USA, les données sont publiques). En France, quelques centaines de milliers d’euros auraient inversé le cours législatif. Aucune association ou ONG française ne peut aujourd’hui consacrer de telles sommes pour ce type de dépenses.

(2) Sur l’augmentation des dépenses de lobbying aux USA et le contrôle ainsi exercé par les entreprises sur le Législatif, voir aussi l’excellent livre “de l’intérieur du sérail” de Bob Reich: Supercapitalisme.

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Les TICE aux Pays des Merveilles 20 mars 2010

Par Thierry Klein dans : Economie, Politique, Technologies.
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Je me suis “coltiné” à peu près 50% du rapport Fourgous ces dernières semaines - j’emploie le mot “coltiné” pour rester poli, tellement ce rapport est indigeste.

Je dois être une des seules personnes au monde à en avoir lu presque la moitié, je vous assure que ça tient de l’exploit, c’est ma performance du mois, un peu comme si j’avais couru un 100 m en 10 secondes ou si j’étais resté 6 mn sous l’eau sans respirer. D’ailleurs, c’est un peu ce que je ressentais à la lecture des phrases du rapport: “est-ce que je vais tenir jusqu’à la fin sans mourir (d’ennui) ?”.

L’histoire retiendra donc qu’Einstein a changé l’histoire de la physique avec un papier de 10 pages mais que Fourgous n’a rien changé du tout avec un pavé de 326 pages. Comme quoi, avant de s’intéresser aux TICE, un peu de bonne vieille instruction classique ne nuit jamais et aurait peut être permis au(x) rédacteur(s) d’apprécier les mérites de la concision et de la clarté. (Je sais, cher lecteur, tu penses toi aussi que l’introduction de ce billet est bien trop longue ! Pourtant tu vas poursuivre sa lecture le sourire aux lèvres - et crois moi, tu apprendras bien plus en lisant ces quelques lignes qu’en consultant le rapport Fourgous, même si, à ton grand regret, leur auteur n’est pas non plus Einstein !).

(suite…)

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Les formes élémentaires de l’aliénation (2) : la névrose 26 février 2010

Par Thierry Klein dans : Economie, Politique.
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Billet précédent : Les formes élémentaires de l’aliénation (1)

La névrose est une aliénation particulière, de nature inconsciente, où la victime est confondue avec l’oppresseur - le terme “alien” fait explicitement référence à un tiers lorsque victime et oppresseur sont distincts. Il est intéressant de noter que Marx et Freud ont tous deux eu l’impression que “la prise de conscience” (de la cause du refoulement dans le cas de Freud, de la lutte des classes dans le cas de Marx) permettrait de résoudre le problème.

Freud s’est assez vite rendu compte que l’observation clinique contredisait sa thèse initiale, mais aucune observation n’a jamais pu confirmer la thèse de Marx. Son oeuvre a principalement été utilisée de façon tactique pour la prise de pouvoir (en particulier lors du coup d’état de 1917) mais la fameuse “prise de conscience” a toujours été remise à plus tard. En termes marxistes, on pourrait dire que la contrainte communiste (consciente) a simplement remplacé l’aliénation du régime tsariste (inconsciente), sans aboutir jamais à la moindre prise de conscience, ni même, ce qui aurait été intéressant, à la transformation de cette contrainte en aliénation - c’est-à-dire en une adhésion populaire massive au mythe communiste.

Il semble que dans le monde moderne seule la démocratie possède cette propriété de faire adhérer la population au “mythe” (c’est bien un mythe, car penser que la vérité procède de la majorité est du domaine de la croyance. Tocqueville: “La démocratie [...] entraîne une immense pression de l’esprit de tous sur l’intelligence de chacun”).

Cette distinction entre névrose et aliénation était nécessaire pour introduire l’aliénation consommatrice, qui définit et structure le monde actuel, tous pays et tous régimes confondus, et qui sera le sujet de mon prochain billet.

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D’un certain discours lénifiant sur le numérique à l’école vu comme un symptôme de la perte du capital scolaire. 4 février 2010

Par Thierry Klein dans : Crise Financière, Economie.
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Françoise Benhamou (Le Monde du 27/01/2010) décrète que « le numérique à l’école constitue le grand oubli du grand emprunt ».

Elle nous présente les technologies numériques, en vrac, comme l’avenir, la panacée, le symbole de l’enseignement de demain, les technologies qui créeront les emplois, relanceront notre économie, éveilleront nos enfants et même, réduiront leurs scolioses (je m’arrêterai là car les lieux communs me manquent).

Un impact industriel quasi nul

Mais introduire les technologies numériques à l’école, surtout sous la forme d’un « plan d’équipement massif en tableaux interactifs » comme le propose Françoise Benhamou n’aurait aucun effet de levier industriel. Presque tous les fournisseurs d’ordinateurs et de tableaux interactifs » étant étrangers : ces dépenses iront donc, tout naturellement, renforcer d’autres économies que la notre.

Seul donc l’argument pédagogique pourrait justifier un tel plan, même si c’est un argument à très long terme puisqu’il il faudrait une bonne dizaine d’années pour que les élèves concernés rentrent dans la vie professionnelle.

Les tableaux interactifs sont-ils utiles pour l’enseignement ?

En tant que chef d’une des entreprises qui en vend le plus en France, je vais vous répondre “Oui, bien sûr !”. En tant qu’individu intuitif et à titre personnel, j’en suis assez convaincu. Mais en tant qu’être humain raisonnable, doté d’une capacité d’analyse critique, lisant à peu près tout ce qui s’écrit dans ce domaine, je suis obligé de reconnaître qu’il n’y a aucune preuve : les études sérieuses sur le sujet sont à peu près inexistantes et les retours d’expérience contradictoires (aux USA, certaines écoles abandonnent progressivement l’utilisation des nouvelles technologies).

Au fur et à mesure que la technologie se répand, la question même de l’utilité devient tabou, un intérêt commun finissant par réunir décisionnaires, acheteurs, vendeurs et utilisateurs.

En vérité, ce que masquent tous ces discours lénifiants, qui s’apparentent au final à de la pure propagande, c’est une perte de projet et de capital scolaire, au sens où l’entend Bourdieu dans La Noblesse d’Etat.

” La logique qui pousse les écoles les plus démunies de capital proprement scolaire [...] trouve un contrepoids qui impose un effort pour accumuler du capital scolaire, fût-ce au prix d’une exhibition ostentatoire des signes extérieurs de l’avant-gardisme pédagogique: par exemple en déployant des trésors d’invention moderniste, tant en matière d’équipements, laboratoires de langues, ressources informatiques, moyens audio-visuels, qu’en matière de techniques pédagogiques, qui se veulent toujours plus actives, plus modernes, plus internationales. “

1) Les budgets de l’Education Nationale sont de plus en plus réduits, le nombre de professeurs diminue. Simultanément, on met en valeur un peu partout les investissements TICE les plus visibles et les plus modernistes (laboratoires de langues, ressources informatiques, etc…). Cet effort masque (ou plutôt accompagne) la baisse moyenne du capital scolaire. Combien de professeurs vaut pour un TBI ?

2) Le Royaume-Uni, pays « exemple » selon Mme Benhamou car « déjà » équipé presqu’à 100% en tableaux interactifs, est surtout le pays où l’enseignement a été le plus désorganisé dans les 10 dernières années. Depuis les réformes de Tony Blair, les écoles se sont retrouvées de plus en plus en concurrence et doivent afficher des « signes extérieurs» de capital scolaire à défaut d’en posséder toujours. Faut-il intégralement s’en inspirer ?

3) De Gaulle refusait d’inaugurer les chrysanthèmes mais on inaugure plusieurs fois par jour des tableaux interactifs et des écoles numériques. Presqu’à chaque fois, le discours est similaire et lénifiant, toutes tendances politiques confondues. On parle de l’avenir de la nation qui passe par les TICE, de la réduction de la fracture numérique… On masque, une fois encore, l’absence de projet.

4) Or, la réalité du terrain, je la constate quotidiennement : une grande partie de l’équipement déjà acheté est sous-utilisé. On voit souvent du matériel flambant neuf et rien derrière. Peu de support, peu de suivi, peu de compétence et surtout, aucune réflexion éducative.

Faut-il donc, dans ces conditions, faire de l’école numérique la norme ?

Evaluer les effets de l’Ecole Numérique.

L’évaluation de la politique numérique reste à faire, en France comme ailleurs.

Reconnaître ce point, là est l’avantage compétitif et industriel.

La France s’est dotée depuis une vingtaine d’années d’un système d’évaluation de masse, mais le temps nécessaire pour obtenir des résultats est trop long compte tenu de la vitesse des changements qui s’opèrent dans le secteur numérique.

Depuis quelques années, une chercheuse française, Esther Duflo, a utilisé la méthode aléatoire pour évaluer les effets des politiques de lutte contre la pauvreté avec des résultats remarquables.
La méthode aléatoire repose sur des évaluations faites sur des petits groupes dont les caractéristiques sont identiques au départ. Un de ces petits groupes adopte un « processus nouveau» et on compare ensuite, sur des critères précis, leur performance (leur richesse, leur taux d’équipement, d’épargne, etc…).

Il est stupéfiant de constater qu’avec des moyens très limités, la méthode aléatoire a donné, en Inde, plus de renseignement sur les usages du numérique que dans tous les pays développés !

Le tableau interactif est-il plus utile en zone rurale ou urbaine ? Faut-il en mettre plus ou moins dans les zones défavorisées ? Un par classe ou un par école ? Peut-on réellement observer des améliorations de niveaux pour les classes qui l’utilisent ? Y a-t-il des matières où son rendement s’avère meilleur que d’autres ? A coût comparable, vaut-il mieux embaucher une personne chargée du soutien scolaire ou investir dans une classe numérique ?

Ne serait-il pas intéressant d’avoir un début de réponse à toutes ces questions pour la France ?

La méthode aléatoire permet d’obtenir des résultats rapides de façon peu coûteuse et à partir de là, d’infléchir les politiques.

Dans un secteur aussi sujet aux idées reçues et aux influences de toutes sortes, dans un secteur finalement aussi peu connu que le Numérique, il ne devrait pas y avoir d’investissement sans une réflexion, menée simultanément, sur l’évaluation future et à court terme de cet investissement.

En mesurant l’efficacité relative de différentes mesures, les expérimentations aident les décideurs à mieux dépenser l’argent public.

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L’échec de la réforme de santé aux USA 4 janvier 2010

Par Thierry Klein dans : Economie, Politique.
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Aux Etats-Unis, le secteur de l’assurance santé est, dans presque tous les états, un oligopole.

Principale conséquence: les dépenses de santé représentent 15% du PIB (soit 50% de plus qu’en France, avec un taux de couverture de la population beaucoup plus faible. Si on prend les dépenses de santé par personne, on obtient un facteur 2. Pour les personnes ayant accès au système, on obtient un facteur 3 à 4 !).

Les intérêts des financeurs de soins (mutuelles), des donneurs de soins (hôpitaux, médecins) et des sociétés pharmaceutiques sont liés: tous ont intérêt à ce que les coûts de santé augmentent (voir mon billet de juin 2009).

Le principal, l’unique enjeu même de toute réforme de santé aux USA (inscrit dans le programme d’Obama) est la mise en place d’un système public de sécurité sociale, le seul capable de faire baisser le coût des soins en mettant réellement, dans chaque état, les mutuelles d’assurance et les laboratoires en concurrence.

Avec un système public de sécurité sociale, les américains ont les moyens de faire baisser les coûts de la santé tout en étendant la couverture à l’ensemble de leur population, sans pratiquement aucune restriction.

Tout le lobby de la santé (entraînant derrière lui bon nombre de démocrates) et les républicains se sont battus becs et ongles contre une telle réforme avec des arguments d’un simplisme confondant: on a mis en avant la “liberté de choix des soins” (alors que la population américaine n’a pas accès aux soins aujourd’hui !) pour cacher l’avidité et le besoin de profit de quelques uns.

La réforme du système américain telle qu’elle a été finalement votée ne profitera durablement qu’au lobby de la santé - et principalement aux mutuelles et aux laboratoires.

L’option publique (ce qu’on appelle en France la sécurité sociale) n’est ouverte qu’à environ 5 millions de personnes - les salariés les plus pauvres. En conséquence, le pouvoir de négociation de cette “sécurité sociale” pour faire baisser les prix sera quasiment nul.

30 millions de personnes supplémentaires auront accès au système de couverture privé - ce qui correspond à la création d’un nouveau marché énorme pour le lobby de la santé, d’autant plus que, les coûts étant non maîtrisés, les primes vont augmenter encore plus que par le passé pour les assurés… et pour l’état (il est simplement prévu des objectifs de “réduction des prévisions d’augmentation des coûts” (!) qui non seulement ont un caractère peu contraignant mais de plus sont incontrôlables).

Le nouveau régime ne cessera d’être de plus en plus déficitaire. Dans 3 à 10 ans, tout au plus, on atteindra les 20% du PIB et un congrès, probablement républicain, prendra acte du trou sans fond ainsi creusé et en profitera pour revenir en arrière sur l’ensemble de la réforme.

Obama a parlé du “meilleur compromis possible”. En réalité, il vient d’oblitérer la possibilité de toute réforme réelle de santé aux Etats-Unis pour les 30 à 50 ans à venir.

Il en sera de cette tentative de réforme comme de la lutte contre le chômage en 1983 en France ou des 35h aujourd’hui: sous prétexte que ceux qui s’y sont frottés ont lamentablement échoué, on condamne durablement l’objectif même au lieu de tenter d’y parvenir en utilisant d’autres moyens.

Et mieux vaut encore un échec visible (Copenhague) qu’un faux succès qui clôt le débat pour des décennies.

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Comment Internet contribue au rétrécissement du savoir 9 septembre 2009

Par Thierry Klein dans : Economie, Google, Technologies.
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Soi disant, Internet représenterait une chance pour le savoir humain. Google référence aujourd’hui plusieurs trillions de pages. Son objectif est de numériser tous les livres au prétexte pompeux que « le plan de numérisation permettra de rendre à nouveau accessibles des ouvrages épuisés et introuvables ».

Savoir potentiel n’est pas savoir réel

Mais comme personne n’a la possibilité physique de lire toutes ces pages – tout ceci ne constitue que le savoir disponible potentiel. La quantité réelle de savoir disponible ne peut être quantifiée que de façon statistique. Le Web est intéressant si le temps moyen passé par un internaute sur des pages contenant du savoir est important. Le savoir disponible, c’est la quantité moyenne de savoir à laquelle un internaute accède réellement – et non pas potentiellement – au cours d’une session, d’une journée, d’une vie, multipliée par le nombre d’internautes.

Or cette quantité de savoir réellement disponible, qui n’a d’ailleurs jamais été très élevée sur le Web, diminue structurellement de jour en jour, Google étant l’acteur majeur, bien que probablement involontaire, de ce rétrécissement.

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Des bonus pour récompenser le “talent” 24 août 2009

Par Thierry Klein dans : Crise Financière.
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Plus c’est gros, plus ça passe. Ce qui est arrivé il y a quelques semaines aux USA avec les bonus vient de se reproduire aujourd’hui en France.

Les bonus attribués aux dirigeants et aux traders des banques sont absolument injustifiables.

Ces brillants esprits ont mis leur banque en faillite - en fait, si les banques existent encore, c’est uniquement parce qu’elles étaient trop importantes économiquement pour faire faillite.

Ce sont les contribuables qui les ont sauvées et ce sont les contribuables qui paient les bonus (avec lesquels les traders continuent à prendre des risques… couverts par les contribuables !).

L’argument invoqué par les banques américaines pour justifier l’attribution de bonus a été de dire qu’ils étaient nécessaires pour retenir les “talents” (alors qu’au contraire, virer tous ces talents, dirigeants et traders, serait faire oeuvre de salubrité publique).

Les banques américaines ont fait valoir la nécessité d’attribuer à leurs “meilleurs” employés des rémunérations “comparables” à celles des autres banques (le “comparable” est savoureux car il donne un air décent aux bonus, qui sont quand même en général de l’ordre de 10 millions de dollars !).

Autrement dit, les “autres banques” n’étant pas vertueuses (pourquoi ? parce qu’il n’y a pas de loi sur le sujet, et surtout parce que les banques ont été renflouées, mais pas nationalisées), nous ne pouvons pas l’être. Et surtout: “en bonne logique (libérale), nous nous devons de nous aligner sur les moins vertueux !”

En soulignant “la nécessité d’une coordination internationale afin d’éviter les distorsions de concurrence”, les banques françaises s’alignent aujourd’hui sur cette argumentation. En substance, “Nous sommes prêts à nous aligner, mais impossible car les banques américaines n’étant pas vertueuses, il nous faut (au moins) une décision du G20 !

(Ce qui caractérise les décisions du G20, c’est d’abord qu’elles n’existent pas et qu’ensuite elles ne sont pas suivies d’effet… C’est donc extrêmement reposant pour les banques d’en attendre les conséquences.)

Le pire, c’est qu’à mon avis, si vous entendez parler de la requête des banques sous cette forme, c’est qu’elle a déjà été entendue. Regardez les réactions des ténors UMP:

Xavier Bertrand: “En France, les choses ont déjà bougé (ah bon ?!!!). Ce qui est important, c’est aussi de les faire bouger en Angleterre et aux États-Unis par exemple

Frédéric Lefebvre: “J’appelle les banques à se montrer exemplaires (traduction: je ne leur impose rien du tout) et les pouvoirs publics à ne pas travailler avec les établissements qui ne respecteraient pas les engagements internationaux” (Ces engagements en matière de bonus sont inexistants !)

Christine Lagarde plaide pour un « mode d’emploi collectif » (et non pas un cadre législatif), estimant que l’encadrement des bonus ne peut se concevoir “qu’à l’échelle internationale.“.

Alors à votre avis, c’est qui les “talents” qui vont se goinfrer ? On en vient à regretter que Kerviel ne puisse pas participer. C’est injuste pour un tel talent.

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Pourquoi nos dépenses de santé dépendent de la réforme du système de santé américain. 21 juin 2009

Par Thierry Klein dans : Economie, Politique.
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Je viens de passer 3 jours aux USA où Obama tente actuellement de lancer une grande réforme pour créer, en gros, l’équivalent de notre sécurité sociale. Il n’est pas sûr du tout que sa réforme aboutisse.

Le lobby de la santé est opposé à la création d’une sécurité sociale

Grandes firmes pharmaceutiques et mutuelles privées ont largement contribué, depuis des dizaines d’années, à l’inflation gigantesque des coûts de santé aux USA.

Pour les nombreux geeks qui lisent ce blog et qui se demandent comment ils en arrivent à lire un article qui traite de santé, je dirai que les intérêts des grandes sociétés pharmaceutique et des mutuelles privées sont liés comme le sont ceux de Microsoft et d’Intel: la hausse des coûts de santé génère de nouveaux marchés pour les assurances, etc….

Si une grande agence gouvernementale est créée, elle disposera d’une puissance de négociation énorme pour imposer aux géants de la pharmacie des prix de médicaments plus bas (comme le fait, en France, la sécurité sociale). Elle sera aussi en concurrence directe avec les mutuelles d’assurance médicale privées, qui seront obligées de baisser leurs prix.

Pour faire un parallèle avec la crise financière, dont j’ai beaucoup parlé depuis quelques mois, ces sociétés ont beaucoup de points communs avec les banques « folles »: elles réalisent des bénéfices énormes, elles sont extrêmement généreuses avec leurs principaux dirigeants, leur gestion est opaque, elles disposent d’une capacité d’influence politique et de lobbying pratiquement illimitée.

L’AMA (American Medical Association) a dépensé 10 M$ (millions de dollars) pour le soutien de sénateurs de tout bord depuis 10 ans. Les dépenses de l’AHI (American Health Insurance, qui représente les mutuelles) ont été multipliées par 6 au premier trimestre 2009 (6 M$). Les dépenses en lobbying de Pfizer ont été multiplées par 2 (6,2 M$). Presque toutes les grandes firmes de lobbying américaines travaillent aujourd’hui pour le secteur pharmaceutique dans le but de vider la réforme de tout sens et, comme toujours au Etats-Unis, on fait preuve d’une grande créativité. Je vous livre quelques tentatives intéressantes ci-dessous:

Créer des mutuelles de santé d’intérêt général

L’idée est que des organisations d’intérêt général créent des coopératives mutualistes de santé et d’appeler le tout « sécurité sociale ». Cela peut sembler intéressant au premier abord mais la première conséquence serait de priver ces petites coopératives de tout pouvoir réel de négociation des prix des médicaments, pour le plus grand profit des entreprises pharmaceutiques, qui évidemment soutiennent cette proposition ou certaines de ses variantes (comme des caisses d’assurance maladies régionales au lieu d’une seule caisse nationale, par exemple).

Fixer des objectifs aux entreprises du secteur pharmaceutique, et ne réformer que si les objectifs ne sont pas tenus.

L’idée consiste à imposer des objectifs (réduction des coûts, augmentation de la population ayant accès à une couverture santé) et de ne créer une sécurité sociale que plus tard, si les objectifs ne sont pas atteints.

Une telle initiative serait incroyablement complexe à contrôler (il y aura de toutes façons des réductions de coût aux USA du fait de l’instauration du dossier médical unique sous forme numérique, il y aura de toutes façons une progression du taux de couverture parce qu’Obama va faire voter une loi en ce sens).

Surtout, en termes politiques, « plus tard » signifie « pas de loi, bataille gagnée ». Dans monde entier, les lobbys qui cherchent à préserver une situation existante se fixent des soi-disant « obligations éthiques » pour éviter le vote d’une loi qui serait vraiment contraignante: demandez au Patronat français, par exemple, pourquoi il préfère édicter des règles de conduite sur la rémunération des patrons plutôt qu’une loi !

Le financement de la réforme

A partir du moment où la Sécurité Sociale existe, il faut des charges sociales pour la financer. L’idée est que les employeurs paient une taxe qui devrait être d’environ 10% du salaire. Les représentants des « petites entreprises », un lobby très puissant aux USA parce qu’il touche à l’essence même du rêve américain (voir un de mes précédents billets) demandent une exemption. Si cette exemption est trop large, la réforme sera tuée dans l’oeuf.

Bien que la réforme n’ait pas encore été chiffrée, il est aussi prévu de taxer les hauts revenus (plus de 200 ou 300 k$ / an) en limitant les sommes déductibles. Ce qui fait que la plupart des ONG, qui vivent de ces déductions sous la forme de dons privés, sont opposées à la sécurité sociale !

La bataille au Congrès

Les Républicains sont opposés à cette réforme, mais Obama n’en a pas forcément besoin. Le problème vient en fait des démocrates car beaucoup ne peuvent pas avoir l’air de ne pas la soutenir (son principe est très populaire) mais sont sensibles aux charmes des lobbys… Les alternatives hypocrites que j’ai mentionnées plus haut sont soutenues par de nombreux et influents démocrates (Baucus, Président de la Commission des Finances, Ron Wyden…).

Le dernier Président à s’être réellement attaqué au problème, Bill Clinton, avait échoué sur toute la ligne.

Les conséquences sur le monde

Il n’y a pas d’idée plus fausse, ni plus communément admise que celle qui consiste à croire que les dépenses de santé doivent inexorablement augmenter.

En réalité, les dépenses de santé ne vont croître que si on laisse faire le marché et les entreprises pharmaceutiques.

Une grande partie de la recherche médicale est effectuée aux USA, que ce soit dans le domaine des médicaments ou dans celui des instruments médicaux. Surtout, c’est le marché américain qui aujourd’hui donne le « la » en termes de prix de marché. Or les prix y sont maintenus à un niveau très élevé au détriment des intérêts publics. Quand un équipement électronique est vendu quelques millions de dollars à une clinique américaine, il sera vendu aussi cher à une clinique européenne, asiatique, etc… car le vendre moins cher, ce serait compromettre la rentabilité du marché américain lui-même, qui est le premier marché du monde. Les sociétés pharmaceutiques peuvent se permettre aujourd’hui de boycotter tout pays qui refuserait de payer le prix fort – la menace est d’ailleurs souvent brandie.

Contrôler la situation aux USA, c’est contribuer à la baisse des coûts dans le monde entier. Dans ce combat, nous sommes tous des citoyens américains.

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La fin de daily Motion 11 avril 2009

Par Thierry Klein dans : Crise Financière, Technologies.
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Google n’a trouvé son modèle publicitaire que bien après avoir imposé son moteur. Du coup, des centaines de sociétés se sont créées sans aucun business model et ont appelé ça “Web 2.0″.

Le Web 2.0, c’est un peu comme le fou de Gotlib suspendu à son plafond. Il troue le plafond et y découvre un trésor. Du coup, des milliers de gens l’imitent et cassent tous les plafonds de la planète en espérant faire pareil. Une sorte de ruée vers l’or, avec encore moins d’élus car tout le monde sait qu’il n’y a pas d’or dans un plafond - en général.

Le XXIème siècle a remplacé la ruée vers l’or par la ruée vers le rien. C’est une tendance moderne, tout devient très très abstrait.

Daily Motion, une des sociétés emblématiques du Web 2.0, est mourante.

Plein de mauvais signes relayés dans l’article du Monde du jour, qui me font penser que Daily Motion ne va pas s’en sortir.

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