Sur Onfray, sans l’avoir lu 25 avril 2010
Par Thierry Klein dans : Critiques.Lu 1 807 fois | 3 commentaires
Si je comprends bien, Onfray critique Freud et crée un sorte d’événement en affirmant que “la psychanalyse ne fournit aucune vérité universelle“. Mais ceci est une évidence, connue depuis Popper, qui a écarté la psychanalyse du champ des sciences en montrant qu’elle faisait partie des théories non réfutables.
Consulté par le comité Nobel, Einstein ne soutint pas la nomination de Freud au Prix Nobel de Médecine et répondit lui aussi qu’il était incapable de dire si la psychanalyse était ou non vraie.
En fait, tout cela n’a pas grande importance.
Quel que soit le degré de vérité des “résultats” de la psychanalyse, Freud a posé les jalons d’un nouveau champ d’exploration de l’être humain, d’une discipline nouvelle.
On peut comparer son œuvre à celle d’Aristote, pour la physique. Avec 2000 ans de recul, il est clair qu’Aristote s’est trompé sur presque tout. Presque tout ! Pourquoi donc le lit-on encore aujourd’hui ? Parce que ce qui est le plus intéressant, c’est la méthode qu’il invente pour arriver au résultat (ce qu’on appelle aujourd’hui la physique, ou la science) et la façon dont il avance, pose les termes, sépare les concepts - tout ce qu’on appelle la démarche.
Aristote ne publie presque que des erreurs mais il donne un cadre à tous les scientifiques qui viennent après lui, dont il devient la référence presqu’unique. Sans Aristote, pas de Galilée (c’est Galilée lui-même qui lui rend constamment hommage, bien qu’inversant totalement ses résultats), pas de Newton pas de physique moderne. Il est faux de dire que Galilée infirme Aristote; en fait, il redécouvre Aristote et, le premier en 2000 ans, le prolonge.
Pendant 2000 ans, le génie d’Aristote stupéfie littéralement tous ceux qui s’y frottent. L’œuvre est tellement géniale, tellement en avance, que ceux qui l’étudient en sont réduits à la paraphraser de façon jargonneuse (voir les médecins de Molière) et la science devient une sorte de religion, de secte, dont Aristote aurait écrit la Bible. Critiquer Aristote tient littéralement du blasphème, comme Galilée en fera l’amère expérience.
Vous noterez l’analogie avec ce qui se passe pour la psychanalyse. L’œuvre de Freud est absolument géniale, je n’ai aucun doute là-dessus (et si je n’ai jamais lu Onfray, j’ai bien lu tout Freud).
L’œuvre est totalement saisissante, mais il absolument possible que tout, ou presque tout, soit faux dans les résultats de Freud. Il faudra peut être des centaines d’années pour qu’on en fasse quelque chose de réellement scientifique, pour qu’on obtienne des résultats. Peut-être même n’en sortira-t-il jamais rien car rien ne prouve que le psychisme humain soit réductible à une théorie scientifique, comme l’est le mouvement des planètes.
En attendant, des mouvements sectaires se sont emparé de la psychanalyse et jargonnent à qui mieux mieux (voir les réponses involontairement comiques de Julia Kristeva à Michel Onfray dans le Nouvel Observateur de cette semaine). Les descendants de Freud ont créé leurs chapelles (Freudiens, Lacaniens…) et suivent aveuglément la parole du Maître, à défaut de pouvoir la comprendre puisqu’elle n’est pas, à ce stade, réfutable. Et ils jetteront l’anathème sur le premier qui tirera un vrai résultat de la psychanalyse, exactement comme cela s’est passé pour Galilée et pour les mêmes raisons.
Reste que les concepts posés par Freud, la méthode, la démarche, l’art inspirent aujourd’hui même ses critiques les plus virulents. Quand Onfray dénonce, toujours dans le Nouvel Obs, “une théorie universellement valable en vertu de la seule extension du désir de Freud à la totalité du monde” ou “le fait que le complexe d’Oedipe explique toute la passion incestueuse que Freud manifeste dans la totalité de sa vie“, se rend-il seulement compte que c’est l’œuvre de Freud, et elle seule, qui lui permet de poser ce diagnostic (et qu’en outre, c’est dommage pour lui, il jargonne comme un Freudien de pure souche) ?
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BHL à “On n’est pas couché”. 14 février 2010
Par Thierry Klein dans : Critiques.Lu 1 432 fois | 1 commentaire
J’ai lu 4 ou 5 livres de Bernard-Henri Levy - tous mauvais, mal écrits, superficiels et, ce qui ne pardonne pas pour moi, lourds.
Mais à chaque fois que je le vois à la télé, il y est excellent, intéressant, parfois même profond - et reste assez léger.
Il n’y aurait pas grand chose à reprocher à BHL s’il ne cherchait pas à s’intituler philosophe ou écrivain (jamais je n’ai vu un tel décalage entre l’écrit et l’oral !).
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L’hypothèse Zemmour : l’homme dont le principe est la laideur 26 mai 2009
Par Thierry Klein dans : Critiques, Politique.Lu 7 319 fois | 21 commentaires
J’aime beaucoup les émissions de Laurent Ruquier, que ce soit à la radio ou à la télé. Je ne loupe jamais les interventions critiques ou politiques d’Eric Zemmour le samedi soir.
La grande qualité de Laurent Ruquier : il s’entoure de gens intéressants et complémentaires dont il ne partage pas forcément les idées (le grand défaut de Ruquier: ses calembours foireux !).
Zemmour déclenche des réactions exacerbées parce qu’il est d’une rare agressivité sur un plateau télé et parce que, très souvent, ses prises de position ou ses remarques sont considérées comme non politiquement correctes – ce n’est pas toujours le cas, j’y reviendrai.
Mais il faut arrêter les contre-vérités sur Zemmour, que je trouve un peu partout en tapant “Zemmour” sur Google. Ce n’est pas un facho, pas un type d’extrême-droite, pas un raciste. Quoi qu’on pense de ses thèses, je ne l’ai jamais vu déraper en plusieurs dizaines d’émissions, ce qui est en fait assez exceptionnel.
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La fin d’une illusion 10 mai 2009
Par Thierry Klein dans : Critiques, Littérature.Lu 1 902 fois | 3 commentaires
Inventé il y a peu plus de cent ans, le cinématographe est le plus souvent associé au cinéma en tant que nouveau moyen d’expression culturelle.
Mais qu’en est-il réellement ? L’audiovisuel a certes pris une place majeure dans le monde moderne mais il constitue avant tout le principal vecteur de l’abêtissement général (à travers la publicité et la télévision).
Le cinéma qui promettait, le nouveau moyen d’expression culturel (sans même parler du cinéma en tant que nouvelle forme artistique) a presque totalement disparu. Il n’a pas été tué par la censure (communisme, maccarthysme), mais par son propre avatar, la publicité télé qui, au nom de l’endoctrinement du consommateur, coupe littéralement les oeuvres.
(Berlusconi aura finalement, sous cet aspect, été bien plus efficace que Staline).
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Comment la BNP rend un match de tennis obscène 7 mars 2009
Par Thierry Klein dans : Critiques, Humeur, Sport.Lu 1 686 fois | 3 commentaires
Une nouveauté inaugurée aujourd’hui sur France 2 pour la Coupe Davis: les ralentis démarrent et se terminent par une petite animation BNP, quasi-subliminale, de 2 secondes. Presqu’un ralenti à chaque point, cela va faire pas moins de 600 animations BNP à subir.
Avec la BNP et France 2, c’est Orange Mécanique tous les week-ends et sans interdiction pour les mineurs.
(Et alors que tout le monde hurle à la mort sur un site confidentiel qui ose proposer des corrections de devoir payant - pas très glorieux mais pas bien dangereux - il n’y a sans doute que sur ce blog que vous entendrez parler de cette réelle, obscène et très efficace initiative pour prendre le contrôle de votre esprit disponible; comme quoi, la pub, c’est vraiment l’opium du peuple !)
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Parler d’humanitaire, toujours une hypocrisie. 4 octobre 2008
Par Thierry Klein dans : Critiques.Lu 1 817 fois | 4 commentaires
Pour la première fois de ma vie, j’ai dû tenir, vendredi dernier, un discours humanitaire. C’est beaucoup plus difficile que ça en a l’air. J’ai passé 2 jours complets à préparer quelque chose et rien, strictement rien n’est venu (d’habitude, il me faut tout au plus 2 h pour écrire une intervention).
La principale difficulté, c’est que d’habitude, j’en appelle à la raison du public plutôt qu’à l’émotion. J’ai la plus grande méfiance envers les gens qui utilisent l’émotion pour faire passer leur point de vue: en règle générale, je trouve ça facile, déplacé, indigne ou vulgaire (c’est selon).
Surtout, c’est souvent une manipulation du public et je trouve que notre époque souffre énormément de ce besoin affiché partout de faire passer de l’émotion à tort et à travers (appelons ça le syndrôme StarAc).
Il y a une grande part de raison, dans le Capital Altruiste mais évidemment aussi une part d’émotion à faire passer.
J’avais besoin, par exemple, d’expliquer ce que signifient les gorilles (puisque des amis me reprochent d’avoir choisi une cause mineure). Les gorilles ont évidemment un côté symbolique: comme les éléphants de Gary, le Poisson du Vieil Homme ou la Baleine, ils représentent l’Humanité tout entière et c’est justement par souci d’universalité que je les ai choisis.
Mais ils y a aussi un côté purement sentimental, ce sont des animaux très proches de nous dans le comportement, dont je parle à mes enfants, qui ont un regard humain – bref, une partie du choix ne repose que sur le « coeur » et j’aurais du mal à me défendre face à quelqu’un qui m’accuserait de pure sensiblerie.
Au royaume de la raison pure, il n’y a pas photo, ce sont toujours les causes sérieuses qui gagnent. Mais la raison pure nous a mené aussi à tous les holocaustes, au Fordisme, au communisme, au nazisme… Bref, il me semble que l’Humanité n’a plus trop à espérer de la Raison Pure. Le matérialisme a déjà largement assez donné.
J’ai envie d’essayer les sentiments, pour changer.
Tout ça peut s’écrire (la preuve !). Mais j’espère que vous sentez le côté assez grandiloquent, incongru, déplacé qu’il y aurait à tenir un tel discours en public (on en arrive à relier le destin de gorilles à celui de l’Humanité et au nazisme). Il faut effectuer un vrai travail d’acteur pour le prononcer de façon à faire passer l’émotion – faute de quoi il tomberait totalement à plat et nuirait à la cause même que j’essaie de défendre.
Or qu’est-ce qu’un acteur ? L’acteur est justement celui qui feint l’émotion à la place d’un autre (le personnage qu’il joue) et pour d’autres (le public). Aucune hypocrisie là-dedans si le public est au courant (ce qui est le cas dans une salle de théâtre ou de cinéma).
L’hypocrisie démarre lorsqu’on joue quelque chose alors que le public n’est pas prévenu, ce qui est le cas dans un discours puisque le public attend de la sincérité.
Dans le cas d’un discours humanitaire, vous avez donc le choix entre un mauvais discours ou un discours un peu hypocrite (car joué).
Le fait de jouer ne vous empêche nullement, parfois, de faire un mauvais discours (cf Ségolène Royal au Zénith la semaine dernière). Le fait de ne pas préparer n’empêche pas non plus toute hypocrisie (cf Bernard Tapie, qui est un improvisateur de génie – on peut parler d’acteur naturel).
Vendredi dernier, j’ai résolu le problème en organisant un petit débat sur le Capital Altruiste, débat qui a été finalement bien plus intéressant qu’un discours grâce à la présence de Marie-Noëlle Lienemann, mais je ne pourrai pas toujours m’en sortir ainsi.
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A quoi sert l’Ademe (si Kafka n’existait pas, il faudrait l’inventer). 2 octobre 2008
Par Thierry Klein dans : Critiques.Lu 4 194 fois | 8 commentaires
Absence remarquée de tout représentant de l’Ademe lors de l’inauguration du Capital Altruiste. L’Ademe a pourtant été contactée à de multiples reprises par mail, téléphone, etc…
Contacter quelqu’un à l’Ademe aurait été une grande source d’inspiration supplémentaire pour un type comme Kafka. On ne répond pas à vos mails ou alors, après deux semaines, on vous renvoie vers d’autres personnes qui ne vous répondent pas non plus. Donc vous laissez des messages (car les portables sont dispos sur le site comme si l’Ademe était l’organisation la plus transparente et la plus interactive au monde). Simplement, laisser un message ne sert à RIEN: je suppose qu’ils ont embauché des gens rien que pour effacer les répondeurs, tellement il doit y en avoir, des messages.
Parfois, vous avez un bout de communication avec une personne dont vous n’aurez visiblement jamais l’honneur de voir le visage – au moins serez-vous rassuré, l’Ademe n’est pas uniquement constituée d’un central téléphonique et d’un serveur mail défaillant; il y a de vrais humains de chair et de sang, (en tous cas de vraies voix) à l’autre bout.
La dernière fois que j’ai parlé à quelqu’un de l’Ademe au téléphone, il m’a demandé d’envoyer un Business plan de 5 pages, il a refusé d’aller voir de quoi il s’agissait en ligne au prétexte qu’il n’allait pas voir « tout ce qui se trouve sur le Web » et m’a signalé que son emploi du temps était réservé plus de 4 mois à l’avance car il était « évidemment très occupé ». Selon toute probabilité, j’aurai d’ici là .rencontré le Ministre de l’Ecologie, dont l’emploi du temps ressemble à un gruyère par-rapport à celui des représentants régionaux de l’Ademe.
C’est normal, lui, il n’a vraiment rien d’important à faire, Borloo.
Personne n’a su m’indiquer à ce jour comment les scooters électriques pouvaient bénéficier de l’incitation « écologique » de 400 € à l’achat dont parle le (magnifique) site de l’Ademe. C’est gratiné d’obtenir le dossier, je n’ose imaginer combien ça l’est de le remplir. Si vous y avez réussi sans sombrer dans la dépression, contactez-moi. Je vous promets de graver l’ensemble de la procédure dans le marbre pour l’édification des générations futures.
Une autre perle qui me revient. Les aides que donne l’Ademe lorsque vous investissez dans des panneaux solaires sont quantifiées en fonction de la puissance de votre installation et couvrent alors à peu près 50% du devis de l’installateur.
Vous n’aurez une aide que si vous passez par un installateur agréé et ceux-ci sont rares, en tous cas dans le Nord, car remplir la paperasse est d’une complexité que n’aurait pas reniée l’Union soviétique – bref, savoir remplir le dossier Ademe est un vrai avantage compétitif pour un entrepreneur !
Résultat, il m’a été IMPOSSIBLE d’obtenir un devis détaillé, poste par poste, pour mon installation. Tous les entrepreneurs agréés contactés me donnent un devis global, en fonction de la puissance demandée, sans accepter de rentrer dans les détails (combien pour le panneau solaire, la toiture, la main d’oeuvre, etc..).
Puis à partir du prix global, ils déduisent la subvention Adème.
Pour voir ce qu’il en était, j’ai fait faire un devis par un installateur Allemand (qui lui m’a fait un devis poste par poste, panneaux, pose, lien au réseau, etc…). Eh bien, le devis était un peu moins cher que le devis français après déduction de la subvention Ademe !
Ce qui veut dire quoi ? Grâce à l’Ademe, on retarde le solaire et on permet à quelques entrepreneurs de se faire des couilles en or avec les subventions mal gérées (c’est-à-dire nos impôts).
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Docteur House: la plus grande série audiovisuelle de tous les temps 2 septembre 2008
Par Thierry Klein dans : Critiques, Dr House, Littérature.Lu 2 579 fois | 5 commentaires
Billet suivant sur Dr House: “Elémentaire, mon cher Wilson”
Je vais vous tanner avec écrire plusieurs billets sur Dr House, même si je ne suis au fond qu’un néophyte. Je suis tombé par hasard sur un épisode diffusé sur TF1 fin juin. Depuis, j’ai visionné toute la première saison et le début de la deuxième.
D’autres billets parlent de télévision dans ce blog; en général ce sont des billets « de société » et la télévision ne m’intéresse que parce qu’elle nous apprend quelque chose d’autre (sur la médiocrité de la société, du spectateur, la mienne propre, que sais-je encore…).
Mais Dr House est une série vraiment extraordinaire, pour moi la plus grande série TV de tous les temps et la seule, depuis que la télévision existe, qui puisse réellement prétendre au statut d’oeuvre d’art majeure. J’essaierai d’éviter au maximum les superlatifs dans les billets qui suivront, mais oui, quand je parle d’oeuvre d’art, je pense plus à Crime et Châtiment qu’aux Envahisseurs.
Docteur House va devenir un classique et si vous avez aujourd’hui l’immense privilège d’être les premiers à vous taper un article intello sur le sujet, vos descendants devraient, dans 50 ou 60 ans, l’avoir au programme de Première et en découvrir les arcanes dans le Lagarde et Michard (version revue et corrigée n° 56 457). Entre temps, les critiques, les Cahiers du Cinéma, les psychanalystes seront passés par là et auront plus ou moins bien développé ce que vous trouverez dans les billets qui suivront.
J’imagine que ce genre d’affirmations va générer pas mal de commentaires. Certains seront indignés que je puisse accorder autant de crédit à une œuvre aussi grossière (mais pas plus grossière que du Rabelais, après tout !). J’y répondrai plus tard.
D’autres vont me reprocher de donner un caractère universel à une opinion personnelle subjective (« Qu’il aime Dr House, soit ! Mais de quel droit en fait-il un classique ? Son opinion est toute subjective ! On est en démocratie nom de nom et j’ai le droit, moi, spectateur partial, de préférer Colombo, Amicalement Votre ou même Amour, Gloire et Beauté ! »). A ceux-ci, je voudrais répondre tout de suite que mon affirmation n’est pas qu’une opinion. Elle a un côté objectif.
Quand j’étais justement en Première, je cherchais laborieusement, parfois désespérément à comprendre ce qui, derrière le discours du professeur, faisait la beauté d’une œuvre littéraire. Le fait qu’on puisse analyser une œuvre, son style, trouver des correspondances, des idées, etc… montre qu’elle a une certaine tenue, mais ne prouve jamais sa beauté intrinsèque.
Prouver le caractère artistique, a fortiori la grandeur d’une œuvre est une gageure. Pour ce qui est de la raison pure et dure, c’est donc l’inculte qui rafle la mise. Le professeur ne peut que faire étudier, fournir des analyses, quelques clés pour, finalement, espérer que le cœur, qui est un mélange de rationalité et de beauté, finisse par comprendre.
L’objectif des billets qui suivront n’est donc pas de vous prouver mes thèses. Je ne peux pas le faire, pas plus que personne ne peut vous montrer par a + b la beauté du Misanthrope, de Phèdre ou de Crime et Châtiment. Je ne peux que vous livrer un début d’analyse, quelques éléments qui vous montreront que le sentiment que j’ai que Dr House est une œuvre majeure n’est pas totalement sans fondement.
Puis vous vous ferez votre opinion.
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Supercapitalism, by Bob Reich 12 août 2008
Par Thierry Klein dans : Critiques, Entreprise altruiste.Lu 2 058 fois | 5 commentaires

Let me tell you first that this book is truly the simplest, therefore the most brilliant, explanation of how capitalism has evolved over the last decades.
If I may allow a short criticism, I think the “analysis” part of the book is much more convincing than the “proposed solutions”. Bob Reich is probably perfectly aware of this.
Another point: Bob Reich rightly points to the abuses of lobbying but forgets to mention that lobbying in itself is just the tip of a huge advertising iceberg. Lobbying is just to politicians what advertising is to citizens. What he has felt as a politician, he does not realize it yet as a citizen.
Globalization is linked to the transformation of citizens into consumers and the force behind this is advertising - I don’t mean that advertising WANTS this. Unlike political propaganda, advertising has no real “will”, good or evil. But cumulatively, it does however make the job. I believe an analysis of worldwide advertising/ communication budgets would easily show that there is a strong correlation between globalization and advertising.
This has consequences about democracy itself. Bob Reich writes that politicians don’t do the job because “true causes” are not on their agenda, due to lobbying. But citizens, so far, do not really want the job to be done either : they just behave as consumers.
Taking the right measures therefore implies some kind of elitist democracy: a democracy where knowledgeable, enlighted politicians act “for the best”, partly against the will of their own electors who don’t understand the issues. (We are much more familiar with that kind of democracy in France than US citizens are, let me tell you however that it does not end up with the “right” decisions either, it ends up in state sclerosis !).
I think that the power of advertising in part comes from the fact that it creates immediate consumer needs, that are opposed to long term citizens - and worker - needs. (The need to buy a cheap plasma screen today conducts to closing your own factory, but only tomorrow, which makes it difficult to catch the link). Technology has also made advertising is also more and more pervasive (newspapers are less pervasive than radio, which is less pervasive than TV, which is less pervasive than Google sponsorized links, the latter being almost subliminally read when you surf on the Internet).
You can’t really fight the present situation and remain in democracy if you don’t limit the effects of advertising. You can think of creating spaces that would be “advertsing free” (TV channels like the BBC) or even, treat advertising like tobacco was treated and take 5 or 10% of all communication/advertising budgets to sponsor NGOs or “recognized altruistic organizations” so that they also can access to brains and act as counterweights.
Having read Bob Reich’s book in depth, I am fully conscious of the difficulty to recognize a “truly altruistic cause”, but I also recognize this blog ticket is too long already and don’t want to bother you too much with practical details at this stage.
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Les Disparus 23 juillet 2008
Par Thierry Klein dans : Critiques.Lu 3 790 fois | ajouter un commentaire
Il m’a fallu plusieurs jours avant de pouvoir écrire un billet sur ce livre. Et même aujourd’hui, je ne suis toujours pas capable d’en dire grand-chose si ce n’est – lisez-le ! Même si ça peut vous sembler long au début, même si certains passages vous semblent obscurs ou inutiles, même si les livres sur ce qui s’est passé pendant la deuxième guerre mondiale commencent, à juste titre, à vous lasser, lisez-le, lisez-le, lisez-le absolument, lisez-le jusqu’au bout !
Et aussi ceci: sur les 6000 juifs que comptaient la petite ville ukrainienne de Bolechow avant la guerre, 48 ont survécu (soit 0,8%). Le nom des camps où ils ont péri vous sera inconnu – il s’agissait de camps d’extermination « pure », pas de camps de travail comme Auschwitz et les déportés y étaient immédiatement gazés – pas de revenant, pas de témoignage. Ces camps, comme les autres camps de concentration, ont été inventés pour préserver le moral des SS – auparavant, les juifs étaient tués par balles près des fosses communes et l’encadrement allemand avait remarqué que le côté finalement presque « humain » de cette méthode, la proximité qui s’établit automatiquement entre victime et bourreau, rendait les pelotons de SS inutilisables (comme quoi on ne peut désespérer de rien, même des SS). Autre raison d’être des camps, il s’agissait d’offrir un beau cadeau d’anniversaire au Führer : une zone entière « débarrassée de tous ses juifs ».
L’auteur du livre, comme moi, est né dans les années 60. Il n’a jamais connu l’occupation allemande et n’a qu’un lien très éloigné avec les victimes, dont on ne parle pratiquement jamais au sein de sa propre famille. Arrivé à l’âge adulte, il est devenu historien et éprouve, comme je n’en doute pas des dizaines d’autres personnes de par le monde, le besoin de rechercher des traces de ses lointains cousins disparus. Derrière ces manifestations tardives d’intérêt, soixante ans après les faits, se cache peut-être la vraie, la grande victoire d’Hitler.
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